La maison vide de Claude Gutman
" n'oublie jamais : lutte, lutte jusqu'au bout "

Mémoire de validation du séminaire de Madame Carine Trévisan "L'intime dans l'histoire" Université Paris 7 (année universitaire 2007-2008 1er semestre)
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La trilogie La loi du retour écrite par Claude Gutman se déroule durant la seconde guerre mondiale en France et en Palestine.
Cette trilogie n'est pas autobiographique, mais inspirée d'événements survenus dans la vie de son père et dans la sienne. Ce père a été Raflé à dix-sept ans, il est parvenu à s'échapper du camion qui le dirigeait vers les camps de la mort. Il est resté caché jusqu'à la Libération. Mais le reste de sa famille, dont ses parents, a été déportée et personne n'est revenu des camps. Il mène alors une vie de déraciné et aboutit en Palestine sous mandat britannique où Claude Gutman nait en 1946. À l'âge de cinq ans et demi, Claude Gutman a dû quitter Israël et sa mère pour suivre son père qui retournait en France. Petit enfant déraciné, il doit apprendre une nouvelle langue, suivre un père imprévisible marqué à jamais par la Seconde Guerre mondiale. Instable, considérant que tout est désormais une question de vie ou de mort, le père entraîne le fils dans ses nombreux déménagements, le menant de maisons d'enfants juives en foyers d'enfants du parti communiste jusqu'aux appartements des petites amies de son père.

Dans La maison vide, David, fils de Lazare et Clara Grunbaum, raconte sous forme de journal dans un cahier quadrillé (p. 27) sa vie dans les années 1940 à 1944, avec l'occupation allemande, les premiers signes de la ségrégation antijuive, la disparition de ses parents dans une rafle, et son arrivée dans une maison d'enfants juifs.
Dans le second tome L'hôtel du retour, après la rafle qui a vidée la maison d'enfant où séjournait David, celui-ci entre dans la Resistance, puis la guerre finie, il rentre à Montreuil avec l'espoir de retrouver ses parents. C'est le temps de l'attente, du désespoir et au final du deuil.
Dans le troisième tome Rue de Paris, David trop jeune pour s'engager dans l'armée s'occupe d'enfants dans un nouvel home d'enfants juifs. Il tombe amoureux de Sarah qui le convainc de l'accompagner en Israël. Il se retrouve en Palestine, sans savoir ce qui l'attend. Il décrit la vie dans les kibboutz et l'état d'esprit qui régnait pour préparer la naissance de l'état d'Israël. La trilogie se clôt sur son retour à Montreuil.

La seule analyse du premier volume de cette trilogie fournit suffisamment de matière pour le dossier de validation du séminaire. Il convient juste de savoir que les trois volumes sont très différents, mais tout autant riches, dans la structure narrative et la typologie des évènements qu'ils décrivent.
Les citations extraites du livre sont en italiques, ce qui était en italiques dans le texte d'origine est désormais souligné.

1. L'Histoire dans l'histoire
2. L'identité
3. Le respect des " lois "
4. La mort et la vie : pulsions contradictoires et complémentaires
5. Les sentiments
6. L'écriture
7. Les références aux contes
Conclusion
Bibliographie complémentaire littérature de jeunesse
1. L'Histoire dans l'histoire
Comme l'indique la citation de Joseph Kessel, mise en exergue de La maison vide , la narration d'un événement historique fort au travers d'une histoire personnelle touche plus notre imaginaire que des faits bruts.
Dans cette logique, Claude Gutman nous présente la vie du jeune David Grunbaum durant la seconde guerre mondiale, de l'occupation de la France par les Allemands, à la création de l'Etat d'Israël.
Dès le début, le lecteur est plongé dans l'action par la narration que fait le jeune David du " cérémonial " de son coucher qui le fait changer d'étage et d'appartement pour dormir. Une situation géographique et historique est possible avec la mention du décès du fils de la famille " mort pour la France " (p. 9). Page 12, une évocation de la ligne Maginot nous confirme qu'il s'agit bien de la seconde guerre mondiale.
Nous pénétrons ensuite pleinement dans le ressort du livre avec la mention de l'étoile jaune qu'il doit porter, symbole discriminant et négatif dont il inverse la valeur en le qualifiant de médaille, et ainsi crée un lien avec le jeune " mort pour la France " pour lequel ses parents ont reçu à titre posthume une médaille et un diplôme :
C'était avant…
Moi aussi, j'avais gagne une médaille avec toute la famille. Une médaille en tissu jaune sous forme d'étoile à porter bien cousue du côté gauche. (p. 13.)
L'histoire intime (personnelle) du père de David est transmise à son fils comme un conte de fées dans une relation duelle et privilégiée père-fils :
" Moi j'étais assis sur les genoux de papa et il me racontait. [.…] Il n'y avait rien pour réparer. Juste assez pour faire pleurer et donner des cauchemars... " (p. 14)
Nous voici plongés dans l'univers des pogroms polonais (mais ce pourrait être en Russie ou ailleurs). Un aperçu des persécutions subies par les Juifs dans de nombreux pays qui est particulièrement marquant dans l'esprit du lecteur, comme dans celui de David, du fait du parallèle qui est fait avec le conte de fée et de la présentation de ce récit en des termes qui rappellent le rituel quotidien de l'histoire avant le coucher. La description du massacre de la première épouse et des trois premiers enfants est sobre mais forte :
Et je pleurais aussi tandis que tous deux, enlacés, nous revoyions chacun de notre côté cette scène de quelques minutes où le sang séchait sur de la terre poussiéreuse où gisaient les trois enfants massacrés et Rachel, la première femme de mon père. (p. 17-18)
Nous trouvons là l'explication des persécutions :
Ils ont tué des enfants comme moi qui n'avaient commis que l'unique crime d'être nés Juifs, simplement Juifs. (p. 16)
C'est là une évocation de notre histoire, éternelle sans qu'un mot soit changé. Une image de livre d'Histoire où papa était au premier plan… (p. 16)
Dans le cours du récit sont plusieurs fois évoqué les orientations politiques des uns et des autres et la situation politique mondiale : communistes / juifs / juifs socialistes ou Bundistes / Juifs communistes / antisémites / la guerre en Espagne / Sionistes Bundistes (avec la création d'Eretz-Israël).
Puis voici, que tout s'accélère ou du moins est-ce ce dont Gutman veut nous donner l'impression :
Je serais…
A peine si j'ai eu le temps d'être que…
[…] c'était la guerre ;
D'abord rien, longtemps. Et puis soudain tout, vite. En l'espace de … (p. 30)
La narration passe des projets des parents de David pour son avenir à l'arrivée des Allemands dans Paris. Bien entendu les points de suspensions (sauf ceux […]) sont dans le texte original, procédé narratif évoquant l'accélération du temps.
Cette arrivée entraine l'exode, qui est là encore suggéré et non décrit au travers du départ des voisins qui confient leurs clefs à ses parents. Le côté humain de cet épisode historique est souligné par la description des objets confiés à ses parents et qui remplissent la boutique : un bric-à-brac de souvenirs n'ayant de la valeur que pour ceux qui les abandonnent.
L'armistice est très sobrement évoqué, voyant le retour de certains de l'exode, ceux qui ont eu de la chance et d'autres qui en ont eu moins : Ils ne sont jamais revenus chercher leurs affaires étiquetées. (p. 37). Et il y a tous les membres de l'Amicale (des Juifs de Montreuil) : Et papa disait à Yantel tous ceux qui étaient là. Les autres s'étaient évaporés sans laisser d'adresse. (p. 39).
L'événement suivant est l'obligation d 'aller se faire " recenser " au commissariat. C'est un moment terrible à vivre pour ce père qui a toujours pensé que la France n'était pas comme la Pologne, que la France le protégerait, et qui a toute confiance en ce pays et ses lois. On sent que c'est une abjection totale pour cet homme qui croit si fort que la France est tellement différente. A tel point qu'il révèle à son fils que sa femme et lui avaient décidé de le prénommer France s'il avait été une fille (p. 40)
Cet épisode est plein de va et vient entre des états d'esprit relevant de pôles opposés, le tout souvent à l'intérieur du même paragraphe. La séquence commence sous le signe de la fierté de la promenade du dimanche avec les beaux habits, avec les précieux papiers (…) : l'acte de naturalisation et les cartes d'identité enveloppés dans du papier cristal si doux au toucher. […] c'était le début de l 'automne et c'était un plaisir (p. 40). Puis, le ton change et la colère s'exprime France de la honte. France des petits fonctionnaires qui font leur métier, qui appliquent bêtement le règlement. France, France de merde. (p. 41). Honte et douleur. Puis une description festive, presque joyeuse du rassemblement où tout le monde se connaît, se salue, s'interpelle c'était une insulte aux Allemands qui avaient interdit tout rassemblement. (p. 41). Et défi suprême, manifestation du persécuté qui retourne la situation, en attendant chacun leur tour, ils ont commencé à parler en yiddish et le ton montait et les vieilles histoires que je ne comprenais pas revenaient. Ils riaient. (p. 41). Et à nouveau un renversement total du rire au désespoir quand les premiers sont ressortis, tremblants, le visage défait.
Sans un mot, ils ont montré leur carte d'identité tamponnée d'un JUIF majuscule. (p. 41).
Puis il est directement fait allusion aux pogroms, ghettos et autres discriminations subies par les juifs depuis l'Antiquité. Pourquoi ne pas nous mettre un tampon sur le front ? Ça se verrait bien mieux de loin… (p. 41). Gutman traite alors d'un autre point qui est la révélation de Juifs qui n'en étaient pas. (p. 42).
Ce moment permet au narrateur de nous citer le texte, qu'il ne découvrira qu'ensuite (toujours ce tissage de l'histoire, ces allers-retours entre différentes périodes de sa vie), qui définit qui est Juif au regard de la loi du régime de Vichy.
Vient alors la scène du " marquage " des documents par le fonctionnaire de police qui les a marqué sur son grand cahier par ordre alphabétique. Puis il a pris son tampon et il a mis JUIF sur tous les papiers sacrés : actes de naturalisation et cartes d'identité.
Il tamponnait sans plaisir, machinalement. Ses chefs le lui avaient dit. Il obéissait. (p. 43).
A lire cela, on ne sait pas ce qui est le pire : le fait de tamponner les " papiers sacrés " ou celui de le vivre comme un ordre parmi tant d'autres qu'il faut exécuter sans état d'âme comme un fonctionnaire bête et discipliné, d'obéir à un ordre inique comme s'il était sans importance, routinier, machinal ?
L'épisode se clôt, encore une fois, sur deux messages antagonistes : le père qui sort choqué, blanc (p. 43) du commissariat et les paroles prononcées Vous voyez, il n'est rien arrivé ! (p. 43), dans une totale négation de cet évènement qui vient de totalement chambouler son univers, prouvant qu'en France, pas plus qu'en Pologne, il n'est à l'abri de la discrimination. Et que, pire que cela, les lois, elles-mêmes, peuvent être dévoyées et au service du Mal. Cette attitude de négation est sûrement la seule qu'il ait trouvée pour continuer à mener sa vie, ne voyant pas quoi faire d'autre ? On se pose tout de même la question de savoir s'il est réellement aveugle sur la suite que peuvent prendre les évènements (au regard de son passé et de ses discussions avec Yantel). Un peu plus tard, c'est le tour du David, dans son récit, de questionner son père de manière imaginaire sur cette attitude d'aveuglement.
Le lecteur découvre alors la montée sournoise de la mise en place des lois anti-juives : apposition d'écriteau " entreprise juive ", interdiction de posséder une T.S.F., sortir entre 20 h et 6 h, donc plus de sortie, de cinéma, plus de possibilité de voir ses amis : Comme si la vie était morte (p. 48). Toutes ces réglementations sont assorties de la menace de prison, d'amende ou d'internement dans un " camp de Juifs ", sans que l'on sache ce que cette appellation recouvre.
Voici l'épisode de l'obligation du port de l'étoile jaune auquel il est fait référence dans le premier chapitre. Distribution qui renvoie les familles juive au commissariat pour retirer son étoile contre un point de nos cartes de textile (p. 48) avec encore une fois la confrontation avec un fonctionnaire de police impassible : indifférence, dilution de la responsabilité ou bouclier érigé pour se protéger ? La différence est qu'ici intervient le commissaire qui promet Je m'occupe de vous… (p. 49). Et comme l'écrit le narrateur : on a bien vu qu'ils s'occupaient de nous avec encore des mesures anti-juives comme l'interdiction de fréquenter un grand nombre de lieux publics : Tout devenait interdit. Pas seulement les salles de cinéma, mais les squares, les piscines, tout, tout, tout, et même les magasins où pour faire les courses on n'avait plus le droit que de 15 à 16 (p. 49).
Le narrateur souligne bien la dichotomie entre les interdictions multiples visant à exclure les Juifs de la société et la mise en avant de l'identification comme étant juif, le fait de devoir porter l'étoile jaune et d'être regroupés dans le wagon de queue du métro.
Le commissaire de police vient voir les parents de David. Que s'est-il dit lors de la visite du commissaire, David ne le sait pas. Mais, c'est après cette conversation que David monte dormir tous les soirs chez les Bianchotti (l'épisode nous ramène donc au début du roman) ce qui lui évite d'être emmené dans la rafle qui se déroule le 16 juillet 1942 au petit matin (dont nous comprendrons ensuite que c'est celle du " Vel d'Hiv ").
La description de la rafle du Vel d'Hiv par David, est comme toutes les descriptions du livre, sobre et terrifiante. Nous croyons être à la fenêtre et voir l'action se dérouler sous nos yeux, entendre le hurlement énorme, horrible (p. 51) et voir dans la rue la masse de policiers (p. 51). La description nous implique d'autant plus que le narrateur nous livre ses états d'âme au moment où il écrit. La suite de la description évoque le hurlement qui est celui d'une seule femme opposé au silence du reste des raflés. Rien que le silence pour couvrir les hurlements de Madame Weiss. (p. 51).
Voici que David passe à une partie qui le touche encore plus personnellement : la présence de ses parents parmi les personnes raflées. Avec le dernier contact qui tient lieu d'adieu, sans que le jeune héros le sache au moment où il l'écrit : Et moi, j'ai vu papa et maman, une valise à la main et deux agents de chaque côté. J'ai vu qu'ils ont levé la tête vers ma fenêtre. J'ai vu qu'ils m'avaient vu et ils ont vu que je les avais vu. (p. 51).
Après cet épisode déterminant, David va plonger dans la vie clandestine avec l'aide de Madame Bianchotti qui l'emmène dans un établissement catholique dirigé par son frère. David ne réussissant pas à supporter la perte de son identité, il se révoltera et sera emmené dans un home d'enfants juifs. Il y rencontrera des enfants eux aussi privés de leurs parents et qui lui donnent un aperçu de ce qu'eux ou leur famille ont vécu : Gestapo, torture, assassinat d'un des leur sous leurs yeux…Avec Lonia qui s'occupe de la maisonnée, David suit les débarquements en Italie et l'avancée des Alliés (p. 85), La maison semble protégée, mais la fin tragique rompt cet épisode plus calme de la vie de David : au lendemain d'une nuit qu'il a passé à l'extérieur, David revient pour assister à une scène terrible Devant le perron, il y avait un camion bâché, une auto-mitrailleuse et deux motos. Un homme, en habits noirs et casquette de SS, hurlait des ordres que je ne comprenais pas. (p. 101), C'est ainsi dans les dernière lignes du roman que nous comprenons les nombreuses allusions à des absents et à la solitude qui ont parsemé le roman et le titre de ce premier volume de la trilogie.
Il est assez étonnant de constater le peu de fois où l'on parle des Allemands dans ce roman (dans toute la trilogie d 'ailleurs). Il y a d'abord l'arrivée des Allemands dans Paris (p. 30 et 34), Puis une scène où ils sont présentés sous un jour ridicule Une fois, dans le métro, quand tout le monde était compressé, on avait mis du rouge à lèvres sur le dos de l'uniforme d'un officier allemand. […] Une sacrée marrade ! (p. 43), Pour finir, les autres Allemands qui interviennent dans le récit sont ceux du commando qu'on suppose de SS qui vient chercher les enfants du home où est réfugié David.
2. L'identité
Au fil de la lecture, nous découvrons que le jeune héros prend conscience qu'il est juif, et que c'est le cas de nombreuses autres personnes, dont parfois la communauté pensait, comme pour la fleuriste Madame Laclos (p. 42), qu'elles étaient antisémites.
La référence à l'identité juive est évidente dans le choix des noms de la famille (Grunbaum, Yantel, Jablonski, Rosinski, Rosenbaum, Weiss, Herschl), des prénoms (Lazare, Clara et David pour la famille actuelle et Isaac, Elie, Sarah et Rachel pour la première famille disparue dans le pogrom).
La langue parlée dans les moments de crise entre les deux parents de David est le yiddish. C'est une langue totalement incompréhensible au jeune David et aussi un peu magique : il l'assimile à l'anglais (p. 23). C'est une langue " affective " qui sert à demander de préparer du thé pour Madame Bianchotti lorsqu'elle apprend la mort de son fils, la discussion dans la cour du commissariat au moment du recensement…
Cette langue (mélange d'Allemand, d'Hébreu et de différentes langues slaves) est une langue de déracinés. A ce déracinement fait écho celui de David Grunbaum, au début du roman, qui doit quitter sa chambre pour aller dormir dans celle du fils Bianchotti, la chambre sacrée de l'enfant " mort pour la France ". Cette rupture avec ses habitudes, cette obligation (qui lui sauvera la vie) de quitter le domicile familial et de monter deux étages pour dormir dans la chambre d'un mort est d'autant plus dure à vivre qu'elle n'a pas été expliquée par les parents. David n'arrive plus à s'endormir comme il le faisait dans son lit : Et dans le noir je pensais à ce que je voulais. [….] Mon lit. Ma chambre. Mes bouquins. Ma lumière : tout perdu en un jour pour me retrouver dans la chambre du mort. (p. 11-12). Là, Madame Bianchotti avait juste ajouté pour [lui] un lit-cage " dans lequel il garde " les yeux grands ouverts, si jamais le mort revenait à l'improviste pour récupérer sa place. (p. 12). David se sent donc tout à la fois chassé de chez lui et importun dans cette chambre musée encaustiquée deux fois par semaine où il se creuse " un trou de souris "
Le père de David est extrêmement fier d'être français :
J'aimais quand il parlait français, quand il lisait le journal en suivant les mots du doigt, quand il m'appelait au secours lorsqu'il trébuchait sur un mot. […] Tu étais tellement fier d'être français […]. Français : ça voulait dire quelque chose de si fort, de si profond.
Tu sortais parfois du tiroir de la salle à manger notre acte de naturalisation et tu l'embrassais comme un porte-bonheur. Juste trois noms écrits sur un bout de papier du journal officiel. (p. 13-14)
Les Français sont alors opposés aux Polonais : les Polonais sont tous des antisémites, des chiens, des sauvages, des ordures (p. 14) alors que La France, c'en est le pays de la liberté. […] la loi française, elle a toujours protégé les Juifs sauf Dreyfus, peut-être, mais c'était ine erreur historique. Et en plus, ils ont réparé. (p. 13).
Le père est aussi très fier de la réussite scolaire de son fils, qu'il ait réussi l'examen d'entrée en sixième : Mon fils, mon fils, je suis tellement fier de toi… Tu étais sur la liste, la liste. (. 29).
L'intégration par l'école et la langue (dans une dimension familiale) sont soulignés dans cette première partie du livre : tu te penchais sur mon cahier du jour pour me regarder calligraphier (…). Tu tirais la langue, je m'en souviens, en même temps que moi. […] tu ouvrais mon cartable en cachette (…) tu peinais pour apprendre ce que je réussissais du premier coup. […] Oui, tu as appris à lire, à écrire le français. " (p. 24-25).
Avec une nuance, après la réunion du mercredi de l'amicale (les amis juifs qui habitaient Montreuil), Dès le jeudi, papa disait des mots méchants. C'étaient des amis terribles. (…) Comme si la seule chose que papa avait vraiment apprise en français, c'était les injures et les gros mots (p. 38).
Mais la maitrise du yiddish par les parents comme langue de l'intime et sa non-transmission au fils dans leur volonté forcenée d'intégration amène des dissensions terribles : je devais interpréter tout seul dans ma langue à moi, le français. Un français impeccable avec déliés et plaintes mouillées de larmes. (p. 23).
Le yiddish rassurera David lorsqu'un homme mystérieux viendra chercher David dans le lycée catholique où Madame Bianchotti l'a mis à l'abri.
Le tiraillement entre la tradition juive et la volonté d'intégration dans ce pays d'accueil gagné clandestinement (p. 22) est manifeste lors de l'évocation de la fête de Noël qui renvoie à Hanouka. Le sapin de Noël est associé à la narration du rituel de l'allumage des bougies de Hanouka. David est le roi d'une fête chrétienne et il suppose que son père pense aux cadeaux qu'il avait offerts à mes frères et sœurs assassinés (p. 26).
Lors du terrible épisode de la démarche au commissariat pour la souillure des cartes d'identité par le mot JUIF, David apprend que si tu avais été une fille, ta mère et moi on avait choisi France. Un beau prénom, hein ? France ! (p. 40) preuve de la très haute estime que ceux-ci porte à ce pays, choisi, de manière un peu forcée, par le père de David comme point final de son exode de puis la Pologne.
Ce moment révèle à toute la communauté juive qu'il y avait plein de Juifs qui n'en étaient pas puisqu'ils n'en avaient pas l'air et qu'ils n'était pas de l'Amicale. Des juifs sortis de nulle part. Des Juifs qu'on n'aurait jamais cru. […] Personne n'y comprenait rien. Tous les vrais Juifs, ceux qui ne s'en cachaient pas, faisaient la découverte de Juifs d'une autre planète souterraine. (p. 42).
Cette stigmatisation des Juifs (quand on est juif, on a le nez crochu, les oreilles décollées, les cheveux crépus et les doigts avec au bout des ongles de sorcière (p. 38)) s'accompagne de révolte (Ça recommence, a dit quelqu'un. Pourquoi ne pas nous mettre un tampon sur le front ? Ça se verrait bien mieux de loin… (p. 41)), d'une obligation de rentrer dans une identité (on devenait de plus en plus juifs, de plus en plus rien (p. 44) et Mais qu'est-ce qu'on avait fait pour mériter cela ? […] Oui, nous étions juifs. Quel mal à ça ? Juifs même pas religieux. Presque pas juif du tout. Jamais de ma vie, je n'ai mis les pieds dans une synagogue. (p. 47)) avec l'obligation d'afficher une appartenance à cette communauté à laquelle ils sont censés appartenir (Jusqu'au jour où j'ai su ce qu'était un Juif et qu'il n'y avait pas besoin d'explications. Même papa ne se serait pas embrouillé. C'était clair, visible, obligatoire.' (p. 48)). Avec cette obligation de porter l'étoile jaune, on retrouve, dans le texte de Gutman, la même idée que celle de Victor Klemperer dans LTI, à savoir qu'à cause de celle-ci, on est rendu reconnaissable à chacun, chaque instant " et "que chaque juif à étoile portait son ghetto avec lui comme un escargot sa coquille (cf. séminaire du 26/11).
C'est bien après tous ces évènements que David apprend la définition légale du Juif selon la loi du 27 septembre 1940, définition qui n'a rien à voir avec celle que les Juifs font car selon la Torah est juif celui qui est né de mère juive, se conformant au concept du " Mater semper certa est "... c'est-à-dire à l'idée que " la mère est absolument sûre "... mais pas le père.
Après le départ de ses parents dans la rafle, David n'a plus d'identité : il ne peut plus être Juif car il sera déporté (Ils avaient pris mes parents : Ils me prendraient. (p. 54)) et il a arraché son étoile, il n'est plus le fils de Lazare et Clara Grunbaum car il n'a plus accès à leur appartement ni à ses souvenirs (Deux étages plus bas, c'était chez moi et je n'avais plus le droit d'y retourner. Toutes mes affaires y étaient. Mes cahiers, mes livres, mes vieux ours en peluche soigneusement enveloppés et mes petits cyclistes en plomb. Des riens qui étaient tout. (p. 55)). Le seul souvenir qui lui reste est la vie et la photo de mariage de ses parents qui ne le quittera plus (p. 54). Madame Bianchotti lui procure une fausse carte d'identité et un refuge dans un lycée catholique. Cette perte d'identité est terrible pour David. Il ne pourra recommencer à avancer dans sa vie, à vivre que quand il pourra affirmer son identité en affichant son étoile jaune : Un tissu de déshonneur qui me rendait à moi-même. (p. 62), D'ailleurs à son arrivée dans le home d'enfants juifs, Lonia lui dit : tu oublies toutes les histoires, les secrets, la fausse vie que tu as dû raconter, te raconter. Ici, tu es juif, fils de Juifs. C'est un honneur, David, alors que ça ne devrait être qu'une chose tellement normale. " (p. 74)). Enfin libéré de tant de mois de fausse vie, de fausse identité, de faux tout. (p. 74).
Le roman est parsemé de litanies de noms ou de prénoms " typiquement " juifs, ce sont ceux de la première famille de Lazare Grunbaum, ceux des membres de l'Amicale qui sont restés, ceux des enfants de la maison raflés par les soldats.
La famille de David habite Montreuil et les noms de rues correspondent à des lieux existant réellement. Ce choix ne doit rien au hasard car de nombreuses familles d'artisans habitaient ce quartier . De plus quoi de plus symbolique qu'habiter un endroit où l'on possède une boutique avec son nom située rue Garibaldi, presque au coin de la rue de la Révolution. Un heureux présage (p. 27), qu'avoir son fils qui fréquente l'école Robespierre, que pouvoir se promener place de la Révolution…
3. Le respect des " lois "
Un des traits frappant de la personnalité de Lazare Grunbaum tout au long du roman est sa foi absolue dans le fait que les lois et le respect de celles-ci le protègeront sa famille et lui de tout problème. C'est comme une incantation, un mantra indéfiniment répété et dont la répétition engendre elle-même le renforcement en son efficacité :
Il faut toujours être en règle, disait papa. La France, c'en est le pays de la liberté. Et quand on est en règle, on n'a rien à craindre. (p. 13),
La loi, c'était la loi. Il fallait s'y plier. Quel mal à ça ? Etre en règle. (p. 40),
Maintenant on est en règle. (p. 43),
C'est la loi, David. Et son on respecte la loi, il n'arrive jamais rien. (p. 48),
Même le commissaire semble croire qu'être en règle est suffisant : C'est la loi, monsieur Grunbaum. Je n'y peux rien. Je suis obligé de l'appliquer. (…) La loi… Soyez toujours en règle… et puis, soyez sans inquiétude, je passerai chez vous, un de ces jours, dans pas très longtemps… (p. 49),
Hélas, la loi ne les protégera pas ! bien au contraire.

4. La mort et la vie : pulsions contradictoires et complémentaires
Au fil du roman, le héros est soumis à des émotions contradictoires. La mort est omniprésente. Celle qui est le plus clairement évoquée sert d'ouverture au roman, il s'agit de celle du fils Bianchotti, à laquelle il ne croit qu'à moitié lorsqu'il doit dormir dans a chambre. Nous entendons ensuite, des lèvres du père, le récit du massacre de la première famille lors d'un pogrom en Pologne. Ce récit, semblable à un conte pour le jeune David, frappe l'imaginaire du lecteur lui faisant comprendre que la mort ne frappe pas seulement les soldats en guerre mais aussi des femmes et des enfants sans aucune raison. La mort aussi évoquée au retour de l'exode avec les attaques en piqué des avions, les morts qu'on n'enterre pas, dépouillés par les soldats qui s'habillaient en civil avec les vêtements des morts. (p. 38)
Face à cette mort qui frappe au hasard, David est conjuré de vivre par son père : Non, mon fils, la vie est toujours la plus forte. Aujourd'hui, je le sais. Toujours plus forte. (p. 19), Et cette injonction (de faire triompher la vie), il la fait sienne : je dois vivre sans eux.
- Vivre, mon fils vivre à tout prix…
Et pour que je vive, papa m'a envoyé un soir, après le repas, une gigantesque claque. (p. 22),
Le père accueille d'ailleurs le fils le lendemain matin, en lui disant il faut que tu obéisses sans poser de questions à parti d'aujourd'hui. C'est une affaire de vie ou de mort. C'est grave, très grave. (p. 24),
David confirme dans son récit le choix inconscient qu'il a fait de vivre : c'est des arrangements qui peuvent conduire à la folie ou à la rage de vivre, coûte que coûte. Je ne sais pas si on choisit entre les deux. Il y a des heures où je crois que je suis fou, que je deviens fou, mais je sais que les mots sur la page disent que j'ai décidé de vivre, à n'importe quel prix. Une décision qui n'en est pas une. Une force qui vient de tellement profond, encore plus forte que la douleur. (p. 55).
Tous ces mouvements de réflexions intimes montrent la force du désir de survie, qui lui a été transmis par son père lors de la narration de son histoire personnelle. Il est toujours question de survivre à tout prix et non dans une perspective positive, mais Vivre. Vivre jusqu'à la mort. Le reste… (p. 67).
Mais la survie ne peut se faire au prix de la mort de l'âme lorsque David perd son identité dans le lycée catholique où Madame Bianchotti l'a fait cacher par son frère : Dehors c'était la mort assurée. Chez vous, c'était une autre mort. (p. 61) et Oui, oui, vous m'avez sauvé la vie mais pour que je crève de façon plus atroce encore. Crever par la pensée qui roule, qui roule et qui s'envole vers la photo de mes parents […] (p. 61-62).
Et pourtant la seule voie pour survivre donnée par celui que David appelle Monsieur Max est Oublie ta ville, ta maison, tes parents. Sauce ta vie, la tienne. Tu sais, on n'en a qu'une. (p. 67),
Avec une terrible définition de la vie toute en noir et blanc, sans aucune demi-teinte : Rire et pleurer : vivre (p.71).
David survit donc et s'en excuse Papa, maman, Lonia, je ne l'ai pas fait exprès. Je le jure. […] Moi aussi j'aurais voulu chanter la Marseillaise. On m'en a empêché. (p. 102),
Cette pulsion de fin d'ouvrage de David qui dit J'ai quinze ans. Quinze petites années de vie. Et la suite ? (p. 104), me renvoie par opposition au titre du livre de Christine Arnothy J'ai quinze ans et je ne veux pas mourir. Est-ce volontaire ou non ?

5. Les sentiments
Au fil des pages et des péripéties, des sentiments contradictoires envahissent les personnages. Nous commençons le livre avec le désespoir des Bianchotti face à la mort de leur fils dont ils transforment la chambre en temple à sa mémoire. Cette même mort cause de l'effroi à David dans cette chambre où il est forcé de dormir pour une raison inconnue. : Ne pas bouger pour que le fantôme ne s'aperçoive pas de ma présence. (p. 12), La suite s'enchaine sur la fierté du père d'être français ainsi que toute sa famille (p. 13), fierté qui est liée à l'horreur vécue par le père : Et je te regardais avec le bonheur de lire dans tes yeux cette joie d'enfant qui effaçait, l'espace de quelques secondes, la détresse sans nom que tu portais en toi depuis que… (p. 14), Le chagrin lié: la mort de sa première femme et de ses trois premiers enfants n'est pas occultée : Oui, j'ai vu mon père pleurer. Je l'ai vu ne pas avoir honte de ses larmes. […] Mais comment consoler l 'inconsolable ? (p. 16), Le père et le fils se joignent dans le chagrin enlacés. La colère est le moteur qui pousse Lazare Grunbaum à quitter son village de Pologne. Il rencontrera l'amitié en chemin, amitié de son compère Yantel avec lequel il partage des rires, des discussions, des disputes comme un vrai combat de boxe. […] Après les insultes, ils étaient copains. Copains et français. (p. 28). L'amour des parents de David s'exprime tout au long du récit au travers de leur fierté à son égard, et aussi, ce qui marque fortement le héros, une gifle éclair. Une gifle d'amour (p.23) et un visage de haine (p.23). Haine, elle aussi présente dans les propos de monsieur Armellino lorsque les Allemands occupent Paris : mais je sentais à sa voix douce une telle haine. (p. 34), Haine et désir de vengeance qui ressortent aussi dans les propos de David : Si je pouvais me venger, tuer, tuer, tuer… Mes doigts me font mal tellement je serre mon crayon. Mes doigts étrangleraient ces assassins… Je n'en peux plus. Je pleure. (p. 35-36),
L'expression des sentiments reprend avec le départ de ses parents dans la rafle : Combien de temps j'ai pleuré dans l'odeur de ma maison, dans l'odeur de papa et de maman ? […] Pas un cri n'est sorti. J'ai tambouriné le sol de mes pieds. La rage. Une rage pure, impuissante tant elle était forte. (p. 54). La rage suivie de la haine envers le frère de madame Bianchotti qui pourtant le protège : Il y avait dans mon cœur autant de haine qu'aujourd'hui. J'ai peut-être quelques excuses à faire, sans plus. et plus bas dans la page Assez de merci. Assez de pitié. Je vous ai haï, monsieur le père supérieur [….] (p. 60), Et puis la colère. Immense, mûrement préparée. (p. 62),
Fou de douleur, David ne rêve que de vengeance.
Lors de la venue de celui qu'il va appeler Monsieur Max, David se prend d'un fol espoir de retrouver ses parents vivants. Se raccrochant à la phrase : Et puis, tes parents, tu sais, peut-être que tu les reverras… (p. 71), il pense comprendre la raison de son silence de tout le trajet " et se persuade " qu'au bout de la route, ils seraient là. […] J'ai effacé le " peut-être ". […] C'était sûr. C'était sûr. Et je me suis mis à courir vers mes parents. Ils étaient là. Là. […] Le bonheur indicible. La détresse indicible. (p. 71-72).
Claude Gutmann ou gratifie encore de deux pages très dense pleines d'émotions contradictoires. Il évoque la position de David oscillant entre cet espoir fou qu'il a eu de retrouver ses parents (c'était mon seul espoir, cet espoir imbécile, si normal et trois jours de folle espérance (. 72)) et sa déception - le mot est trop faible (p. 73). Et L'espoir fout le camp plus les heures passent. (p. 80).
David est accueilli là par des enfants réfugié comme lui qui lui chantent une petite ritournelle qui nous semble sans importance sur le moment. [Dans le troisième tome, c'est par cette même ritournelle qu'il sera accueilli par d'autres enfants juifs privés de parents par la guerre dans un relais de chasse qui leur sert de lieu d'accueil près de la forêt de Saint-Germain (Rue de Paris. p. 40-41), chanson qui le renvoie au traumatisme de leur enlèvement par les Allemands et leur départ vers les camps d'où ils ne reviendront pas, ce que bien entendu David ignore à ce point du récit.]
L'amour est une grande composante de l'histoire. Nous avons vu plus haut que celui que les parents de David lui portent s'exprime au travers de la fierté, dans la transmission de l'histoire familiale et l'insufflation d'une volonté de vivre à tout prix. Il y a aussi l'amour très difficile dans son expression entre David et Madame Bianchotti. C'est aussi le cas dans les deux autres volumes de la trilogie. Madame Bianchotti sauve David des Allemands, l'abrite à plusieurs reprises dans la chambre de son fils mort, lieu qui est très précieux pour elle (et son époux : il passait ses journées devant la photographie de son fils, mise dans un cadre, sur la cheminée de la chambre où je pénétrais chaque soir sans exception, mon pyjama en boule sous le bras. (p. 11)). Elle ne se plaint jamais, semble tout comprendre et pardonner même lorsque David saccage la chambre de son fils : Je regrette, madame Bianchotti, d'avoir tout saccagé dans la chambre de votre fils mort où vous m'aviez enfermé, d'avoir cassé le crucifix et déchiré la photo de Bernard […]. Pardon d'avoir fait voler en éclat la grande glace de l'armoire et déchiré en petits morceaux les chemises, les costumes de votre fils. Mais je sais que vous m'avez pardonné. […] Vous m'avez consolé sans un mot de reproche. (p. 57-58), elle pleure avec lui (pour lui ?) lorsqu'elle lui sauve la vie lors de la rafle (p. 52),
Madame Bianchotti le confie même à son frère qui dirige un établissement catholique à Montreuil-sur-Mer. Montreuil-sur Mer. Et lentement les larmes sont montées. Montreuil sur Mère. Maman ! (p. 59),
Ave tous les traumatismes qu'ils ont vécu, l'un comme l'autre ont bien du mal à exprimer leurs sentiments : Et ce n'est qu'au bout de ce long voyage qu'elle m'a souri. (p. 59), Il faut dire que David est difficile à apprivoiser même pour elle qui le connaît depuis longtemps : Comment lui dire que je n'avais plus confiance en personne ? (p. 59),
Les sentiments que David exprime à l'égard de ses parents tout au long du texte oscillent entre rancœur et amour désespéré. Il en veut profondément à son père d'avoir mal évalué la situation : Dis pourquoi, papa, tu as cru ces salauds ? […] Pourquoi tu n'as pas résisté, juste un peu ? (p. 44),
Le ressentiment exprimé face à la trop forte confiance de son père dans la protection que la France pouvait lui offrir est éclipsé par l'expression du manque, de la douleur causée par l'absence de ses parents, ces allusions sont parsemés tout au long du livre : Vous n'êtes plus là. Vous n'êtes plus là. Mes mots ne vous toucheront plus. Vos voix ne me parleront plus. Et puis peut-être que si, quand même…. Vous me manquez depuis si longtemps, depuis ce jour dont je ne veux pas parler parce qu'il est si terrible. (p. 27), Il m'aidera à les retrouver, papa, maman ? (p. 35) ou encore Et puis papa, maman, dites que je vous reverrai ! (p. 36) et Je veux me serrer dans vos bras et pleurer, pleurer de joie ou de désespoir. (p. 46), le mal d'absence (p 94).
Et Lonia qui nous donnait tant d'amour qui, peut-être qu'au fond, elle ne savait pas vraiment ce que c'était ou qu'elle avait oublié. (p. 86), Lonia terrible et merveilleuse, gentille et méchante, Lonia-sans-cœur-au-grand-cœur (p. 88) qui stigmatise les Amoureux de la maison, Maurice et Hanna. Quel crime ils avaient commis ? (p. 87). Celui de s'aimer tout simplement, de se le dire, de se l'écrire avec des mots d'enfants. Lonia qui réunit tous les enfants dans la salle de classe pour leur lire de manière accusatrice des mots d'amour frileux, doux comme ceux que j'aimerais entendre en les évoquant. Des mots de tendresse maladroits… (p. 88). Vraiment rien qui mérite le courroux de Lonia, la stigmatisation du groupe : Lonia les a torturés devant nous et c'était intolérable. (p. 88). David voudrait les défendre et n'ose pas. En partie parce que ce comportement est injuste, et aussi parce que, lui aussi, à son secret d'amour, son amour secret, et s'il n'est pas à la place de Maurice, c'est tout simplement parce qu'il a mieux caché ses lettres d'amour dans une boite à chaussures enfouie, dans la terre, au fond du parc (p. 89).
C'est seulement à la fin du roman que David évoque cet amour qui lui a sauvé la vie par hasard. Cet amour est doublement salvateur car il sort David de son chagrin (Oh ! Je ne t'ai rien dit de mes souffrances passées. Elles étaient passées. J'étais près de toi. Ça suffisait. (p. 98)) en lui offrant un bonheur inattendu et lui évite d'être pris lors de la descente des soldats allemands dans le home d'enfants. L'évocation de cet amour est très dense, le narrateur ne lui consacre qu'une dizaine de pages, juste avant la fin du roman. C'est un moment très fort, très beau qui fait rêver. Un amour associé à la poésie (comme la mort du fils Bianchotti qui était associée au Dormeur du val de Rimbaud), ici, celle d'Apollinaire (qui suivra David dans le tome suivant L'hôtel du retour). Cet amour contribue lui aussi à stimuler l'instinct de survie de David : Je vivrai. Je vivrai. Claire. (p. 91). D'ailleurs le dernier mot du roman est Claire (p. 104).
L'évocation de cet amour, sentiment positif, rend d'autant plus horrible la narration de la rafle des autres enfants.
Tout au long du roman, nous trouvons aussi l'expression de la peur, de la solitude, de l'absence : Le silence de cette maison me fait peur. Je n'ai pourtant rien à craindre. Le pire est arrivé. Le reste, à côté… (p. 78).
Absence de ses camarades et de Lonia : Lonia, est-ce que je la reverrai ? Est-ce que j'entendrai encore chanter sa voix même quand elle était menaçante et sévère ? Dis, dis-moi qu'on se reverra. (p. 78)
Et aussi double abandon lorsque ses camarades sont emmenés par les Allemands à la fin :
David se sent coupable de ne pas avoir été présent lors de l'arrivée des Allemands : Un qui hurle à l'intérieur de son corps, un qui vous a abandonné. Un qui vous a trahis. Un qui n'est pas allé avec vous jusqu'au bout. Un lâche. (p. 102).
Monsieur Rigal doit le retenir pour l'empêcher de rejoindre le convoi : Monsieur Rigal m'a écrasé au sol. Il m'a bâillonné de sa grosse main. (p. 101) et David se sent atrocement coupable d'être une fois de plus le survivant abandonnant et abandonné : dites que c'est monsieur Rigal qui m'en a empêché. Je devrais être avec vous. C'était ma place. (p. 102),
David en veut aussi à Lonia : Lonia, pourquoi tu ne les as pas fait attendre pour que je parte avec vous ? Tu savais bien que je manquais à l'appel. Tu n'avais pas le droit de m'abandonner, de me laisser seul, dans la maison vide. (p. 104).
6. L'écriture
Le processus narratif est basé sur des allers-retours entre différentes périodes de la vie de David qui font se mêler présent (le moment où il rédige son récit en 1944, David a quinze ans donc), passé lointain (le récit du voyage de son père vers la France, bien avant sa naissance, bien avant la guerre) et passé récent (au tout début, le moment où il monte se coucher chez les Bianchotti, " je n'étais qu'un gamin de treize ans " soit après le 7 juin 1942). Ce processus hameçonne le lecteur (et le perd aussi un peu parfois).
Selon les moments de l'histoire, Claude Gutman joue sur la longueur des phrases, créant une impression d'accélération du temps, de condensation des actions en utilisant des phrases courtes, voire même juste en juxtaposant des mots. Ce processus est utilisé par exemple lors de discussions du samedi soir entre Yantel et Lazare (Maman souriait. Elle me regardait. Je savais. […] Hurlements. Cris. Rires. Café. Staline. Le Communisme. Le Socialisme. Le monde à refaire. Hitler. p. 27), au moment de l'évocation de la rafle du Vel' d'Hiv (la fin du récit lorsque David échange le regard avec ses parents p. 51-52), de la venue des soldats allemands dans le home d'enfants. C'est comme si il y avait des moments de narration et des moments d'action plus intenses avec le film qui passe en accéléré. Ces différences de rythmes accrochent le lecteur donnant du souffle au récit, permettant de reprendre des forces avant un autre moment critique. Car une accumulation constante de malheur découragerait trop le lecteur. C'est le même mécanisme que pour l'alternance de l'expression de la souffrance de David et de l'amour et la bienveillance qu'il peu rencontrer.
Le lieu où David écrit est aussi évoqué de manière mystérieuse et toujours associé au besoin de raconter :
J'ai quitté mon cahier. J'y reviens. J'ai marché dans la campagne. J'ai couru. J'ai perdu mon souffle à hurler, à cogner des tatanes contre les arbres, contre les mottes de terre. Mais il faut que je revienne m'asseoir, que j'écrive, que je dise, même si je n'en ai pas envie, même si ma gorge n'est qu'une boule de haine, de pleurs, et que ma main tremble. Il faut que je respecte la volonté de papa. D'ailleurs, aujourd'hui, est-ce bien la sienne ? (p. 36).
Je suis assis dans la salle de classe et j'écris, j'écris, le plus vite que je peux pour vous dire, pour que vous sachiez, pour expliquer au monde, à la terre entière… (p. 46).
Pouvoir poser ma tête sur mes bras, à la table d'écolier où je suis, je le ferais. Mais je ne cesserai pas d'écrire jusqu'à ce que tout soit dit. Je vois les mots qui dansent devant mes yeux. Je ne renoncerai pas. Mon écriture est serrée, serrée. Tout dire, le plus vite possible, pour dormir… (p. 68),
Ce besoin d'écrire est accompagné de la terreur de ce qu'il a à raconter : Je ne sais pas dire la suite. Je ne veux pas. Je ne peux pas. Mais je le dirai quand même. Mon ventre me brûle, ma gorge me brûle. J'ai la tête qui tourne. Mais je le dirai. Je le dirai même si je dois mourir en l'écrivant. (p. 51).
C'est le questionnement sur l'utilité de l'écriture, mise en abyme du propre travail de l'auteur : Et puis, à quoi ça sert mes petits bouts de papier, mes petits bouts d'histoire ? A quoi ça sert, tant d'acharnement alors que je peux rien, rien, rien ? J'arrête. Je vais dormir. Pourquoi me presser pour raconter une histoire qui n'intéresse personne, dont tout le monde se fout, qui ne servira jamais à rien ? (p. 80).
C'est l'urgence de l'écriture pour se libérer et pouvoir continuer : Il n'ya pas eu de demain. Je suis là et je dois finir vite, vite, vite, même si j'oublie les détails. Je dois finir, sans mentir, sans tricher. Après seulement, il y aura peut-être un demain. Aujourd'hui je n'ai pas la force de l'imaginer. (. p. 100),
7. Les références aux contes
Tout au long des romans, des références au monde des contes merveilleux sont présentes que ce soit de manière explicite ou implicite (comme dans Le grand cahier d'Agota Kristof).
Lorsque le père narre l'histoire de sa " première " vie, et le pogrom, le jeune David (et Claude Gutman dans ses interviews) nous dit c'était mon Petit Chaperon Rouge à moi (p. 13) puis nous amène au Vaillant Petit Tailleur (p. 19).
La description des corps ensanglantés des trois premiers enfants et de la première femme gisants dans la maison me renvoie à une image issue d'un autre conte : Barbe-Bleue (p. 18).
Les Ogres, les vrais, pas ceux du Petit Poucet, sont les Allemands (p. 31). Leur évocation est d'ailleurs associée au massacres, ceux vus dans les films d'actualités au cinéma.
Le personnage de la sorcière (cf. Agota Kristof) est celui du Juif avec " le nez crochu, les oreilles décollées, les cheveux crépus et les doigts avec, au bout, des ongles de sorcière. " (p. 38).
Dans la dernière partie. David évoque Lonia racontant des histoires le soir : Sindbad le Marin, Ulysse, Aladin et sa lampe merveilleuse, le Petit Poucet. A la fin, il est riche et il retourne chez ses parents. et surtout l'histoire de brigands " toute ma vie, je me souviendrai de l'histoire des brigands. J'avais peur. Si peur qu'elle me réveillait la nuit, des mois et des mois avant que je devienne vraiment grand et que d'autres histoires viennent me réveiller, avec plaisir, celles-là. "
Plaisir des contes réparateurs qui aident l'inconscient à guérir, toutes ces histoires de voyageurs qui retrouvent leur foyer après bien des épreuves ou de vrais enfants avec de vrais souffrances parce qu'ils avaient perdu leurs parents puis ils les retrouvaient. (p. 79),
L'histoire des brigands qui effraye tant David, d'après les bribes contenues dans le récit, semble être du même type que celle des Trois cheveux d'or du diable (collectée par les frères GRIMM) [ou encore Le soleil rouge de Bruno de la Salle] où les brigands changent la lettre de Roi qu'il doit porter à la Reine qui dit que le porteur de celle-ci doit être tué et enterré par une autre qui ordonne que l'on marie le plus vite possible le jeune homme avec la fille du Roi.
Plus tard, si j'ai des enfants, jamais, je ne leur raconterai l'histoire de la petite fille. […] sale histoire pourrie qui passe par ici pour m'empêcher d'avancer. (p. 80),

Conclusion
Claude Gutman n'est pas le seul à avoir écrit sur cette période de l'histoire, ni sur le vécu des enfants juifs durant cette période (cf. bibliographie non exhaustive littérature de jeunesse annexée). L'intérêt de ce roman et de cette trilogie vient bien entendu de la qualité de l'écriture, de la construction qui, comme dans une tapisserie ou une broderie, entremêle de nombreux motifs (les évènements) de nombreuses couleurs chatoyantes ou sinistres (les sentiments). Le cheminement du personnage de David est une illustration du concept de résilience défini par Boris Cyrulnik.
Le thème très fort est soutenu par l'écriture en va-et-vient (nombreux retours en arrière) qui permettent d'hameçonner le lecteur. Quand on repose le livre, on est étonné par son petit nombre de pages : seulement 86 pages de texte.
La période historique choisie renvoie à un épisode marquant de notre histoire, et encore plus de celle de Claude Gutman et de la communauté juive française. Claude Gutman reconnaît l'avoir écrit à un moment où ses enfants étaient en âge de devenir parents pour remplir un objectif de transmission de l'histoire familiale (p. 113).
Cet ouvrage qui renvoie à l'histoire de notre pays, est totalement d'actualité dans une époque où la police poursuit les sans-papiers avec des arrestations pour délit de faciès, et où le gouvernement détermine un quota d'expulsion à réaliser avant la fin de l'année.
En tant qu'adulte, on ne peut manquer de se poser l'éternelle question " et si moi j'avais été à leur place ? " aurai-je eu le courage de cacher des Juifs, de m'opposer, d'entrer en Résistance ?


Bibliographie complémentaire littérature de jeunesse

Albums
Deux albums sur le sujet délicat de la déportation et des camps de concentration :
MILENA. - Un foulard dans la nuit / ill. par Georges Lemoine. - Editions du Sorbier, 2000. - np. : ill. ; 35 x 25 cm. -
ALBUM - DEPORTATION - COURAGE - REVE
Un enfant marche dans un paysage enneigé, il croit y reconnaître les endroits familiers liés à des souvenirs ensoleillés. Bientôt il pousse la porte d'une maison et y retrouve sa mère et son châle rouge. David ouvre les yeux et se retrouve dans son baraquement où la porte est verrouillée, ce n'était qu'un rêve mais son frère Jonas porte autour du cou encore un morceau du foulard de leur mère. " Dès les premières lueurs de l'aube, quand il réveillerait son frère, comme convenu, pour profiter ensemble des quelques instants de répit qui les séparaient de l'arrivée du gardien, il lui raconterait son rêve, et ils savoureraient ensemble cette vision d'un bonheur enfoui au creux de leur mémoire pour y puiser la force de vivre la journée qui s 'annonçait. "
Cet album d'une grande beauté aborde avec pudeur ce sujet si douloureux de la déportation qui frappa des familles entières et laissa les membres de celles-ci dans l'incertitude quand au sort de leurs parents. Seul le rêve de l'enfant s'éclaire de couleurs vives, les illustrations présentant le camp sont en teintes sépia.
Pour CM

RAPAPORT, Gilles. - Grand-père / ill. par l'auteur. - Circonflexe, 1999. - 32 p. : ill. ; 31 cm. - (Albums). - ISBN 2-87833-224-5.
ALBUM - DEPORTATION - GRANDS-PARENTS
Grand-père est mort, c'est à ses petits-enfants de devenir les gardiens de l'histoire que Grand-père avait faite sienne. L'histoire d 'une famille juive polonaise qui vient s'installer en France, le père tailleur travaille dur, ne voit pas arriver le nazisme et se retrouve déporté dans l'enfer des camps. Il reviendra et se souviendra.
De sobres illustrations en bleu et noir accompagnent ce récit intense et douloureux.
Pour CM

Conte
BIGOT, Gigi et MATEO, Pépito. - Bouche cousue / ill. par Stéphane Girel. - Didier Jeunesse, 2001. - np [28] ; 26 cm. - (A pas de velours). - 10,67 €.
ALBUM - CONTE - GUERRE - ENFANCE
Un jour dans un pays, un enfant s'arrête de parler, alors le chat ne ronronne plus, la maison laisse ses volets fermés, le soleil se cache, la nuit envahi le pays. Seule une étoile continue de briller et vient glisser " un rêve, un petit rêve de rien du tout jusqu'au cœur de l'enfant ". Dans ce rêve, il y avait les histoires que sa grand-mère lui racontait avant la guerre, et cela a fait revenir els mots à la bouche de l'enfant… Et la vie a repris comme avant. Les illustrations aux teintes douces et chaleureuses accompagnent à merveille ce texte poétique.
Ce conte évoque l'Algérie, mais aussi tous les conflits existants.
A partir de 7 ans

Documentaires
Aux éditions du Sorbier, collection " J'étais enfant " :
Cette collection veut présenter l'Histoire à travers le regard, la vie quotidienne d'un enfant. On y trouve un survol d'une époque historique. Ce ne sont ni des romans (les personnages manquent d'épaisseur, il n'y a pas d'intrigue), ni des documentaires (les événements historiques ne sont parfois qu'effleurés). Leur exploitation ne peut se faire telle quelle, ils peuvent servir d'amorce à l'approche d'une époque, à des recherches documentaires sur l'époque historique concernée sur la vie quotidienne. Cartes, lexique et dates repères sont autant d'outils fournis au lecteur.
6ème - 5ème
prix : 4,50 euros
DIONNOT, Jean-François. - J'étais enfant sous l'occupation / ill. par Boiry. - Editions du Sorbier, 1997. - (J'étais enfant). - ISBN 2732030104
CHRONIQUE HISTORIQUE - ENFANCE - GUERRE
MALAVOY, Christophe. - J'étais enfant pendant la Guerre de 14-18 / ill. par Claude Cachin. - Editions du Sorbier, 1997. - (J'étais enfant). - ISBN 273203505X
CHRONIQUE HISTORIQUE - ENFANCE - GUERRE
MATHIEU, François. - J'étais enfant pendant la Commune de Paris / ill. par David Sala. - Editions du Sorbier, 1997. - 19 cm. : ill. ; 64 p. - (J'étais enfant). - ISBN 2-7320-3507-6 : 38 F.
CHRONIQUE HISTORIQUE - ENFANCE - PARIS
SEBBAR, Leïla. - J'étais enfant en Algérie : juin 1962 / ill. par Catherine Belkadi. - Editions du Sorbier, 1997. - (J'étais enfant). - ISBN 2732035157
CHRONIQUE HISTORIQUE - ENFANCE - ALGERIE - GUERRE

AMIS, Nancy. - Les orphelines de Normandie / trad. de l'américain. - Circonflexe, 2004. - np [52] ; 25 x 30 cm. - (aux couleurs du monde). - ISBN 2-87833-333-0 : 15 e.
Documentaire - guerre - époque : XXème siècle
Lorsque les Alliés débarquent en Normandie en juin 1944, une centaine d'orphelines est forcée de fuir leur orphelinat de Caen jusqu'à Beaufort-en-Vallée. Pour obtenir des subsides pour l'orphelinat, leur odyssée a été mise en images et envoyée en Amérique. Cet album, tout d'abord publié aux U.S.A. présente donc cette aventure accompagnée de souvenirs de quelques héroïnes de cette histoire vraie.
Un magnifique témoignage sur un temps fort de la seconde guerre mondiale préfacé par Simone Weil.
A partir du CE 2

DELALANDE, Nicolas. - La seconde guerre mondiale / ill. par Marcellino Truong. - Larousse, 2005. - 128 p. ; 29 cm. - (Larousse Junior). - ISBN 203 565172-7 : 16 e.
documentaire - histoire - époque : 2nde guerre mondiale
Cet ouvrage découpé en trois parties traite de la seconde guerre mondiale. Tout d'abord une partie présente la chronologie de la guerre, puis une autre les différents acteurs de cette époque historique (Alliés, Résistance, nazis et fascistes…), puis la dernière partie évoque les pays impliqués dans la guerre. Carte et index complètent le tout.
Une présentation exhaustive de cette période historique.
de 8 à 12 ans.

GODARD, Philippe. - La grande guerre 1914-1918. - Sorbier, 2003. - 46 p. : ill. ; 28 cm. - (La vie des enfants). - ISBN 2-7320-3761-3 : 12 e.
documentaire - vie quotidienne - guerre - époque : 1ère guerre mondiale
A l'aube de la première guerre mondiale, les pays d'Europe sont divisés en deux camps opposés. Cet ouvrage, en suivant des histoires particulières, montre le bouleversement de la vie quotidienne des enfants et des familles pendant cette guerre. L'absence des hommes redistribue les rôles dans la famille et la société. La chronologie des thèmes proposés montre le glissement de l'enthousiasme du début au désir de la paix à tout prix qui gagne tous les camps.
Le côté anecdotique permet un accès plus facile aux informations contenues dans cet ouvrage documentaire. A noter, presque toutes les illustrations de ce livre proviennent des collections de l'Historial de la Grande Guerre. Ce musée international d'histoire comparée, situé à Péronne, illustre les mentalités des soldats des différents camps.
CM

GODARD, Philippe. - La seconde guerre mondiale (1939-1945). - Sorbier, 2003. -48 p. ; 28 cm. - (La vie des enfants). - ISBN 2-7320-3772-9 : 12 e.
documentaire - vie quotidienne - guerre - époque : 2ème guerre mondiale
Après avoir abordé l'époque de la 1ère guerre mondiale, Philippe Godard retrace les étapes d'un conflit qui a bouleversé le monde. Grâce aux sept portraits de l'ouvrage (qui sont parfois des histories vraies), l'auteur présente cette époque historique du point de vue des enfants.
Un bon ouvrage documentaire sur une époque difficile.
CM

PONTHUS, René. - Le jour J débarquement en Normandie / ill. par Jean-Marc Pau. - Casterman : Le mémorial de Caen, 2004. - 44 p. ; 26 cm. - ISBN 2-203-18908-8 : 7,50 e.
Documentaire - histoire - 2ème guerre mondiale
Après un panorama de l'état de la France occupée, le livre détaille, heure par heure, les préparatifs du Débarquement. Les différentes étapes de celui-ci sur chacune des plages : déroulement, avancées, mais aussi ratées nous sont présentées. Nous suivons ensuite l'avancement des troupes de la Normandie à Paris. De nombreux encadrés thématiques (la Résistance, les précédents débarquements…) apportent un éclairage complémentaire à l'événement. L'iconographie mêle les photographies d'archive du Mémorial de Caen et de très belles illustrations.
Un très bon ouvrage bien documenté sur cet événement paru à l'occasion de son soixantième anniversaire.
A partir de 10 ans

Romans
BOURDIER, Emmanuel. - entre les lignes. - Thierry Magnier, 2005. - 144 p. ; 21 cm. - (roman). - ISBN 2-84420-359-0 : 7 e.
Roman- époque : 2ème guerre mondiale - Résistance - arts : théâtre
1943, Augustin habite un village en zone non occupée. De bien étranges actes de sabotages interviennent : soldats allemands drogués et peints en bleu, épouvantail ressemblant à Hitler, le tout accompagné de citations extraites de pièces de théâtre. Les soupçons des Allemands se dirigent sur l'instituteur d'Augustin, que les Allemands viennent arrêter. Mais les drôles d'attentat se poursuivent et Augustin en découvrira l'auteur qui lui transmettra son amour du théâtre.
Une intrigue pleine de suspens et d'intérêt.
A partir de la 6ème

GOLD, Alison-Leslie. - Mon amie Anne Franck / trad. de l'anglais par Laurence Kiéfé. - Bayard, 2005. - 162 p. ; 19 cm. - (Bayard Poche). - ISBN 2-7470-1746-X : 6,50 e.
roman - époque : 2nde guerre mondiale - antisémitisme - amitié
Hannah Goslar était la meilleure amie d'Anne Franck à Amsterdam. Le 7 juillet 1942, elle se rend à son domicile et découvre qu'il n'y a plus personne dans l'appartement, alors que tous les objets du quotidien sont encore là. Un voisin lui dit que la famille a quitté Amsterdam pour fuir en Suisse. Hannah nous conte alors son quotidien avec la montée de l'antisémitisme, la mort de sa mère en couche, les départs en camps de concentration auxquels elle croit pouvoir échapper. Son récit est parsemé de souvenirs de moments heureux avec Anne Franck et leurs autres amies. Hannah se retrouve dans un camp ainsi que ses grands-parents, son père et sa petite sœur. Lorsque la famille est transférée à Bergen Belsen, elle retrouve Anna qui elle est dans une partie moins privilégiée du camp. Ce sera son dernier contact avec elle.
Ce livre porte témoignage pour aider à mieux connaître Anne Franck et reconstituer ce qui lui est arrivé après la fin de son journal. Un témoignage poignant.
A partir de 11/12 ans

GRENIER, Christian. - Urgence. - Bayard, 2005. - 84 p. ; 19 cm. - (Bayard Poche). - ISBN 2-7470-0859-1 : 5,80 e.
roman - maladie - époque : 2ème guerre mondiale - père/fils
Septembre 1944, les derniers Allemands quittent le pays. François est malade, il a une méningite, maladie pour laquelle il n'existe aucun traitement. Pourtant en écoutant la TSF, son père apprend que les médecins américains sont en train d'expérimenter à paris un nouveau médicament susceptible de sauver son fils. René, le père de François, décide aussitôt de se rendre à Paris coûte que coûte pour se procurer le traitement qui sauvera son fils. Aidé par le médecin du village, il franchira tous les obstacles et surtout convaincra un médecin américain de lui donner le dernier flacon du médicament " miracle ".
Une réédition d'un roman d'action dans les années de débâcle où l'on croise de nombreux personnages qui ne correspondent pas tous à leur image (la fermière collabo qui fournit l'essence alors qu'elle n'a rien à y gagner). Un beau roman sur l'amour paternel.
A partir de 10 ans

Trilogie La loi du retour
GUTMAN, Claude. - La maison vide / ill. de Philippe Mignon. - Gallimard Jeunesse, 2006. - 144 p. ; 18 cm. - (Folio Junior Edition Spéciale ; 702). - ISBN 2-08051386-6 : 5,10 €.
Une famille juive, à Paris, sous l'Occupation allemande. Le père, un émigré polonais, est émerveillé de se trouver en France, pays des libertés. Il refuse de croire au danger. Malgré tout, chaque soir, il envoie son fils David dormir chez des voisins. Ceci le sauvera le jour de la rafle du Vél' d'Hiv, quand il verra ses parents arrêtés et emmenés vers une destination inconnue... Envies de vengeance, haine, révolte, douleur : ce livre est un cri, celui d'un adolescent qui se sent coupable d'être vivant.
GUTMAN, Claude. - L'hôtel du retour / ill. de Philippe Mignon. - Gallimard Jeunesse, 1999. - 126 p. ; 18 cm. - (Folio Junior Edition Spéciale ; 970). - ISBN 2-07-052620-8 : 5,10 €.
David vient, une fois de plus d'échapper à une rafle. Il reste seul, une fois de plus, vivant malgré lui. Et il attend toujours ses parents, disparus lors de la rafle du Vel d'Hiv'. Il rejoint la Résistance, un peu par hasard, parce qu'il faut bien libérer la France, faire fuir les ennemis. Puis c'est le retour sur Paris et l'horrible vérité. Un roman bouleversant. Contient un supplément autour de l'œuvre.
GUTMAN, Claude. - Rue de Paris / ill. de Philippe Mignon. - Gallimard, 2000. - 152 p. ; 18 cm. - (Folio Junior ; 1114). - ISBN 2-07-052621-6 : 5,10 €.
David, le héros de La maison vide et de L'Hôtel du retour vient d'apprendre la mort de ses parents en déportation. La colère le submerge. Il rejette de façon violente les deux personnes qui ont pris soin de lui pendant trois ans. Comment vivre sans ses parents, lorsqu'on a dix-sept ans, lorsque l'appartement familial est spolié par une autre famille, lorsqu'on est refusé à l'armée parce que trop jeune alors qu'on sort du maquis ? Alors David s'attache à un espoir, et chaque jour il attend devant l'hôtel Lutétia où sont accueillis les déportés. Là, il rencontre une femme, qui elle aussi vient chaque jour. Elle l'emmène dans un centre où sont hébergés de jeunes enfants juifs orphelins. David s'y installe et s'occupe d'un groupe de gamins jusqu'au jour où il part avec d'autres vers la Palestine, vers Eretz-Israël. Mais les désillusions vont être nombreuses.
Claude Gutman clôt cette trilogie en ne voulant pas terminer sur le simple constat de la mort des parents. Parce qu'une fois la guerre achevée il y a l'après-guerre et la vie, malgré tout. Un livre superbe à mettre dans toutes les mains.
roman - identité - enfance - survie déportation - époque : 2nde guerre mondiale
A partir de 11 ans.

HASSAN, Yaël et HAUSFATER, Rachel. - L'ombre. - Bayard Jeunesse, 2005. - 120 p. ; 18 cm. - (Bayard Poche. Je bouquine ; 168). - ISBN 2-7470-1800-8 : 5,80 e.
roman - mémoire - déportation - époque : 2nde guerre mondiale - fantôme
Depuis qu'il a emménagé dans un nouvel appartement rue de Charenton, Tom pense avoir des hallucinations : chaque fois qu'il sort de l'immeuble il voit une ombre qui l'attend et qu'il est le seul à voir. Petit à petit, Tom découvrira des indices pour élucider ce mystère : une boîte dans sa cave, des récits d'anciens habitants du quartier, et son cours d'histoire. Plus Tom avance dans sa recherche, plus l'ombre se fait présente. Tom met son copain Quentin dans la confidence, à eux deux, ils découvriront l'histoire des anciens locataires de l'appartement : une famille juive arrêtée par la police de Vichy en juillet 1942 et qui a disparu dans les camps de la mort. Une cérémonie de pose de plaques commémoratives en souvenir des élèves juifs au collège offrira l'occasion à Tom de nommer Sylvia Blumenfeld et de la " libérer ".
Un excellent roman à deux voix, celle de Tom et celle de Sylvia, basé sur des faits réels : ceux qui se sont déroulés durant la seconde guerre mondiale et l'action menée par la Mairie du 12ème arrondissement de Paris en mémoire des enfants juifs déportés.
A partir de 10 ans.
HASSAN, Yaël. - Quand Anna riait / ill. par Marcelino Truong ; - Casterman, 1999. - 120 p. ; 18 cm. - (Comme la vie). - 6,50 € ;
roman - identité - famille - déportation - époque : 2nde guerre mondiale
Simon et sa cousine Déborah passent le mois de juillet à la "Datcha", la maison de famille. En fouillant dans le grenier, ils tombent sur une étrange photo. On y voit leur grand-père, jeune, en compagnie d'une certaine Anna, dont ils n'ont jamais entendu parler. Sans y croire, y croyant un peu, Simon et Déborah décident d'éclaircir le "mystère". Et l'affaire s'avère effectivement mystérieuse. Peu à peu, les enfants vont découvrir le passé de leur grand-père Jacques, amoureux en 1942 d'Anna, juive polonaise alors récemment réfugiée en France. Ils vont découvrir que la France n'aura pas longtemps servi de refuge à Anna puisque, le 16 juillet 1942, elle fut raflée en même temps que des milliers d'autres juifs pour être conduite au Vél'd'hiv, puis à Drancy, puis vers les camps de la mort. Pourtant, les deux enquêteurs ne se satisfont pas de cet épilogue en forme de point d'interrogation.
A partir de 10 ans
HASSAN, Yaël. - La promesse. - (Castor Poche 91).
roman - identité - enfance - survie - déportation - époque : 2nde guerre mondiale
Une jeune juive raconte les tourments de la guerre et de l'occupation.
Dès 11 ans

MAUFFRET, Yvon. - Le jardin des enfants perdus. - Milan, Zanzibar (9-10 ans)
roman - enfance - survie - époque : 2nde guerre mondiale
Pendant la guerre de 39-45, deux enfants n'ont pas voulu fuir leur village occupé. Ils se sont réfugiés dans une cabane au milieu d'un jardin. Un soldat allemand les découvre... Un vrai roman à suspens où la vie quotidienne sous l'occupation est bien plus présente que les combats.
A partir du CM

MAUFFRET, Yvon. - Un été entre deux feux / ill. par Nathaële Vogel. - Rageot, 2003. - 156 p. ; 19 cm. - (Cascade 9-11). - ISBN 2-7002-2869-3 : 7,10 e.
roman - époque : 2ème guerre mondiale - amitié - entraide
C'est l'exode, sur les routes les files de voitures s'étirent telles des convois de chenilles processionnaires. Dans cette débâcle, nous suivons Jeanne qui fuit Paris avec sa mère et ses deux petites sœurs en voiture et Lucien qui, à vélo, emmène sa grand-mère dans la remorque. Après une panne, Jeanne se retrouve séparée de sa mère et de ses deux sœurs. Jeanne, choquée après une attaque aérienne, est prise Lucien et sa grand-mère. Ils trouveront tous trois refuge dans une maison abandonnée au cœur de la Sologne.
Un roman plein de péripéties aux personnages très attachants qui nous montre le côté humain de la guerre, la solitude des enfants pris dans cette tourment et l'entraide et la solidarité dont a fait preuve une partie de la population française. Ce récit aborde aussi la différence de milieu social dont sont issus Jeanne et Lucien, ce qui n'empêche pas une vraie amitié de naître.
CM2-6ème

MIRANDE, Jacqueline. - Sarah. - Castor Poche Flammarion, 2003. - 148 p. ; 18 cm. - (Castor Poche 913, Voyage au temps de…). - ISBN 2-08-16-1620-3 : 5 €.
ROMAN - GUERRE - EPOQUE : 2ème GUERRE MONDIALE - RESISTANCE
Juillet 1943, Sarah a 13 ans. Hébergée depuis 1939 chez sa cousine Hélène à Bordeaux depuis que son père est parti en Angleterre rejoindre De Gaulle, elle doit fuir devant la Gestapo venue arrêter Hélène qui fait partie de la Résistance. Nous la suivrons dans son errance de refuge en refuge pour échapper aux Allemands, soumise à la bonne volonté des uns et des autres et exposée aux dénonciations.
Une partie documentaire (Castor Plus) apporte des informations complémentaires sur la guerre d'Espagne, la Résistance et le régime de Vichy, l'occupation.
Jacqueline Mirande est bien connue comme auteure de romans historiques, se déroulant en général au Moyen Age. Elle brosse ici le portait réaliste d'une jeune fille ayant soif d'action et se retrouvant dans la clandestinité.
A partir de la 6ème

ORLEV, Uri. - Cours sans te retourner / trad. de l'hébreu. - Castor Poche Flammarion, 2003. - 300 p. ; 18 cm. - (Castor Poche 915, Voyage au temps de…). - ISBN 2-08-16-1606-8 : 7 €.
ROMAN - GUERRE - IDENTITE- SURVIE
Srulik est juif, il a 8 ans et vit dans le ghetto de Varsovie avec sa famille qui vient d'un petit village. Après une première tentative de fuite avec ses parents, tentative qui échoue, il se retrouve seul dans le ghetto et réussit à se sauver à nouveau. Il se retrouve seul dans la campagne et rejoint une bande d'enfants juifs comme lui qui tentent de survivre. Il se réfugiera tout d'abord dans une forêt puis travaillera chez des fermiers. Après avoir traversé de nombreuses épreuves (il perdra une main dans un accident) et être passé tout près de la déportation, il réussira malgré tout à survivre à la guerre. Après la libération de la Pologne, il retrouvera son identité juive, reprendra des études et émigrera en Israël.
Ce roman, difficile et long, est très prenant et réaliste. La lutte pour la survie de cet enfant est douloureuse, mais positive.
A partir de la 4ème

PETTER, Guido. - La Bande Sans Nom / trad. de l'italien. - Castor Poche Flammarion, 1999. - 18 cm. : 342 p. - (Castor Poche, 711). - ISBN 2-08-16-4334-0
ROMAN - EPOQUE : 2ème GUERRE MONDIALE - BANDE D'ENFANT - RESISTANCE
Eté 1944, dans un petit village de l'Italie, des gamins rêvent d'aventures et de combat et créent la Bande Sans Nom. Mais, ils seront confrontés sans tarder avec la réalité de la " vraie " guerre.
Un gros roman qui permet d'aborder un sujet historique et la question du passage de l'enfance vers l'âge adulte.
A partir de 10-11 ans

SACHS, Marilyn. - Du soleil sur la joue. - Flamamrion. - (Castor Poche 7).
roman - identité - enfance - survie - guerre - époque : 2nde guerre mondiale
Nicole vit à Aix-les-Bains jusqu'au jour où son père doit partir à la guerre. Restée seule avec sa mère et sa petite sœur, elle apprendra à faire face aux difficultés de cette période, elle découvrira qu'elle est juive et devra prendre la fuite devant les Allemands.
Cette histoire est basée sur une histoire vraie.
A partir de 9 ans

SOLET, Bertrand. - Un village sous l'occupation. - Flammarion, 2005. - 176 p. ; 18 cm. - (Castor Poche. Voyage au temps de… ; 1003). - ISBN 2-08-16-3077-X : 4,50 e
Roman historique - période : 2ème guerre mondiale - Résistance - Libération
Dans un village occupé, nous suivons les préoccupations des habitants qui oscillent entre collaboration et résistance. Deux jeunes garçons Paulo et Tintin s'amusent à jouer des tours aux Allemands sans réaliser la portée de leurs actes, tandis que Pierre et Léa organisent un semblant de maquis dans la forêt voisine.
Une galerie de personnages représentant les différentes réactions de l'époque à l'approche de la Libération.
A partir de 10 ans

STREIFF, Gérard. - La guerre des petits soldats. - Castor Poche Flammarion, 2003. - 120 p. ; 18 cm. - (Castor Poche 915, Voyage au temps de…). - ISBN 2-08-16-1945-8 : 4,50 €.
ROMAN - GUERRE - EPOQUE : 1ère GUERRE MONDIALE - BANDE D'ENFANTS - DEUIL
La guerre de 1914 a été déclarée, le père de Gustave, maréchal ferrant dans un petit village, a fait partie des premiers mobilisés. Gustave, 13 ans dit La Perche, organise les jeux des enfants du village suivant les récits de guerre qui lui parviennent dans les lettres de son père. Jusqu'au jour où apprenant la mort de son père (gazé à Ypres), il décide de " s'inviter " aux combats à l'occasion d'un voyage familial à Compiègne. A l'occasion de cette escapade, il découvrira els horreurs de la guerre, les gueules cassées, les journalistes et leurs mensonges. Il s'en sortira avec une petite blessure à la cuisse et beaucoup d'illusions en moins.
Un roman facile à lire tant pas son épaisseur que par son ton, qui, dans ces temps troublés, rappellera que la guerre est une atrocité.
A partir de la 6ème

SUZZONI, Hélène. - Simon, l'ami de l'ombre / ill. de Jean-François Martin. - Bayard, 2007. - 64 p. : ill. ; 19 cm. - (Bayard Poche. J'aime lire plus ; 5). - ISBN 9782747022125 : 5,90 e.
roman - époque : 2ème guerre mondiale - discrimination - solidarité.
Début juin 1940, les Allemands arrivent, la famille de Charlène s'enfuit vers le Sud-Ouest. Pendant leur fuite, une nuit, Charlène parle avec un jeune garçon qui voyage seul. Il lui explique qu'il est un jeune juif allemand et qu'il a été séparé de ses parents à la gare. Charlène lui donne à manger et se débrouille pour qu'il se joigne à leur groupe….
Ce récit aborde le thème de la discrimination raciale et des comportements individuels (un membre du groupe veut dénoncer le jeune Simon aux allemands). Un roman accessible et posant bien les problématiques.
A partir de 9 ans.

THEVENIN, Anne et COMPAGNON, Anne. - Guerre secrète / ill. par Jérôme Brasseur. - Rageot, 2005. - 192 p. ; 19 cm. - (Cascade 9-11). - ISBN 2-7002-3077-9 : 7,30 e.
roman - époque : 2ème guerre mondiale - famille - résistance
En ce lundi d'octobre 1940, jour de la rentrée des classes, Léon se dépêche de foncer à l'école pour retrouver son copain Marco. Orphelin de père, Léon a du mal à accepter le remariage de sa mère, directrice d'école maternelle, avec son beau-père Robert, enseignant lui aussi. Paris est sous l'occupation allemande et Léon, avec son copain Marco, se met à espionner Robert qu'il suspecte de collaborer….
Une histoire très bien documentée sur la vie quotidienne à Paris pendant l'occupation et les relations beau-père/enfant d'un premier mariage.
A partir du CM et bien au-delà

VIVIER, Colette. - La maison des Quatre vents / ill. par Serge Bloch. - Casterman, 2000. - 240 p. ; 18 cm. - 7,50 €.
roman - enfance - survie - déportation - époque : 2nde guerre mondiale
On est en 1943, à Paris. Au 24 de la rue des Quatre-Vents, il y a Mme Sellier qui élève seule ses trois enfants depuis que son mari est prisonnier en Allemagne ; il y a M. Jean, le "Tremblard", qui a peur de tout, des Allemands, des Anglais et du reste ; il y a Solange Couture qui attend son grand frère Alain, parti rejoindre le maquis ; il y a les Moscot, en réalité Moskowitz, des juifs qui tentent de vivre incognito, ou encore les Gourre, qui ne cachent pas leur sympathie pour les Allemands...
Malgré les difficultés quotidiennes, les pénuries, les bombardements, l'espoir d'une victoire contre l'occupant se précise et les enfants eux-mêmes sont peu à peu pris dans les jeux dangereux de la guerre. Michel, le fils Sellier, porte des messages pour le réseau d'Alain et réchappe miraculeusement d'un interrogatoire. Stéphane Gourre dénonce les Moscot, qui seront arrêtés et ne reviendront jamais... Mais tout prend fin avec la Libération de Paris par la Division Leclerc, moment d'exaltation et de fierté.
Une plongée au cœur de l'Occupation.
Un classique d'aujourd'hui.
A partir du CM

YALA, Martine. - Marseille : hiver 43 : Roman documentaire. - Rouge Safran, 2003. - 112 p. ; 19 cm. - (Basilic ; 9). - ISBN 2-913643-24-3 : 6,90 e.
documentaire - époque : 2ème guerre mondiale - Marseille - Résistance
Antoine et Léa, deux cousins, aident Michaël, un autre de leur cousin à emménager dans un vieil immeuble marseillais. En furetant ils découvrent une vieille malle pleine de livres, de l'un d'eux s'échappe un message étrange. Aussitôt les deux collégiens mènent l'enquête pour le décoder. Leurs recherches les dirigent vers l'époque où Marseille était occupée par les Allemands. Au fil des informations glanées dans les livres, et des entretiens avec els personnes âgées de leur entourage, ils découvriront la réalité de cette période de guerre, et des aspects peu développés dans leur livre d'histoire.
Une belle approche de l'histoire de Marseille et de la Résistance (ici ou ailleurs).
A recommander aux lecteurs du CM à la 3ème
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Florence Mathevon

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